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Hors-série : Notre traversée de l’Atlantique!

Comment résumer correctement quatre semaines hors du temps en un article?! Voici quelques catégories essentielles en plus de nos trois récits plus personnels!

img_7486Traverser un océan sur un voilier, c’est un peu partir dans un rêve sans fin ou le réel semble abstrait. Tous les repères terrestres sont balayés par les rafales de vent. Je suis parti avec beaucoup de peurs et de doutes et au final, je suis arrivé avec beaucoup de certitudes.

Le départ a coulé de source, notre Thera a avalé les milles pendant plusieurs jours sous des conditions idéales. Au fil des milles, mon esprit s’est libéré de toutes les contraintes imposées par la société actuelle, seul comptait le bruit des vagues sur la coque, seul comptait le partage avec Camille et Matthieu de cet incroyable pari qu’était de traverser l’Atlantique après seulement une année et demi de préparation. Je ne sais pas si je suis fier de moi, de nous, mais quand je regarde le chemin parcouru depuis ma rencontre avec Camille, il m’arrive d’avoir des vertiges.

Partis de rien, ou plutôt partis de notre amour, nous avons construit un idéal, un mode de vie propre à nous, qui nous apporte tantôt la pluie, mais surtout une dose de bonheur inestimable.

Il y a eu des moments durs, où mon esprit rentrait en confrontation avec Camille et Matthieu, il y a eu des moments de grâce ou un arc-en-ciel semblait nous indiquer les portes du paradis.

Le seul frein à mon épanouissement total a été la crainte d’un problème technique à bord. Thera a semblé vouloir combler mes désirs (ou plutôt mes peurs) en m’offrant la dernière semaine de traversée un nombre considérable de soucis.

Il nous aura fallu de la patience, de l’endurance et de la volonté pour consolider, réparer notre embarcation pour enfin un jour voir le soleil illuminer la terre. Derrière mes lunettes de soleil, mes yeux se sont gorgés d’émotion, je pense à ma famille, mes amis, mes proches, j’aimerais leur transmettre ma vision. Je regarde Camille, je regarde Matthieu : « on l’a fait »…

Kev

Avitaillement et gestion des produits frais

p1050015Il n’est pas fréquent de réfléchir à ses courses pour 4 semaines! Ayant la place, nous n’avons pas lésiné sur le sec: lentilles, spaghettis, riz, quinoa, couscous en suffisance. A cela, se sont ajoutés des sauces et légumes en conserve et bocaux. Côté frais, un tour au marché de la Nuestra Señora de Africa nous a permis de faire un plein conséquent de fruits et légumes divers, ainsi que des fruits secs, 90 oeufs (de ferme, pas passé en chambre froide et qui conservent donc nickel dans les cales, même avec une eau à 28°!) et 2kg de Jamón Ibérico sous vide. Les fruits et légumes frais ont tenu deux bonnes semaines, et nous avons même eu des citrons (du jardin de la finca de Maman et Jean) jusqu’au bout!
Il nous faut avouer qu’un nombre non négligeable de crasses sucrées et salées se sont invitées dans les sacs de courses! Rien de tel qu’un morceau de chocolat, du popcorn ou quelques chips pour se remonter le moral quand les conditions sont moins agréables… Et même quand elles le sont d’ailleurs!

Un équipier pour Thera

On n’y croyait pas vraiment lorsqu’on lui a proposé, mais Matthieu n’a pas hésité à se joindre à l’aventure! Plein d’avantages à l’accueillir à bord: plus d’interactions possibles lorsque l’un de nous dort, des quarts plus courts, plus d’idées pour les réparations diverses inévitables. Et surtout, on se connaît bien tous les trois pour avoir co-habité ensemble pendant deux ans, ce qui est non négligeable pour la vie dans un espace si restreint pendant 630h consécutives!

« Lentement mais sûrement ». C’est là sans doute le proverbe illustrant le mieux l’allure de notre traversée. Le capitaine ayant en effet pris très à coeur de nous faire traverser en toute sécurité l’Atlantique. Ou peut-être avait-il pris au sérieux les menaces de ma Maman? Toujours est-il que je suis certainement passé pour un petit diable susurrant sans cesse « Sortons plus de voile! », « Mais si, la barre va tenir… ». Après nos quelques avaries, j’ai quand même dû me rendre à l’évidence: Ils connaissent bien leur bateau les cocos! Et je me suis attaché au bateau sans plus jamais rechigner.

Ce proverbe n’est d’ailleurs pas le seul ayant pris tout son sens pour moi. Ainsi, j’ai appris à la dure que, à l’origine, « veiller au grain » devait signifier quelque chose du genre: « Tu vas te prendre une grosse drache dans ta gueule… Et démert’ toi mon vieux »! Mais quel bonheur de se trouver là, à 1500km de toute civilisation, avec la Lune illuminant magnifiquement les « tropical squalls » qui ont si joyeusement pimenté nos nuits de garde. Lire de nuit, c’est de toute façon mauvais pour les yeux!

Le plus beau spectacle que l’univers m’ait offert fut, lors d’une nuit de mer d’huile, de pouvoir apercevoir les étoiles aussi bien au-dessus du bateau, qu’en-dessous. Le bateau aurait-il décollé sans que je m’en aperçoive? Je pouvais pourtant toujours observer le plancton s’illuminer au contact de la coque, ainsi que les éclairs au loin. A moins que ne se tenait, non loin de là, une guerre des étoiles? J’ai dû trop lire de fictions ces derniers jours!

Cette traversée fut de bout en bout une expérience magique. Mettant tantôt à l’épreuve notre moral, puis sachant nous réconforter avec une douceur gustative, visuelle ou humaine. Jamais n’aurais-je tant attaché de valeur aux quelques moyens du bord dont nous disposions, comme au simple siphon acheté presque par hasard deux jours avant le départ.

« C’est quand qu’on arrive? », avais-je demandé avant même le départ. « C’est quand qu’on repart? », ai-je dans le coeur à présent.

Matt

Eau douce et gaz

18 bidons de 8 litres ont trouvé leur place à bord, soit un peu plus de 1,5L par jour et par personne (base de 30 jours) uniquement pour l’eau de boisson. Pour l’eau de cuisine et des rares petites douches, nous pouvions compter sur 220L dans nos cuves, auxquels se sont ajoutés 60L en bidons attachés sur le pont et une réserve souple de 100L fixée sur le pont également (intouchée finalement). Pour la majorité des douches et l’intégralité de la vaisselle, une réserve inépuisable d’eau de mer attendait sous nos pieds.
Ayant juste changé de système de bonbonne, pas évident d’estimer notre besoin en gaz. Sûreté primant, nous avions embarqué 4 bonbonnes de 3kg et utilisé seulement 2.

Santé, moral

capture-decran-2016-12-18-a-11-51-13Rien de grave à signaler. Nous avons tous trois souffert du manque de sommeil certaines nuits plus agitées. J’écrivais le J5 : « Etre à bord de Thera dans une houle croisée, c’est un peu comme une chaussette dans le tambour d’une machine à laver! ». Traverser à trois nous a cependant permis de chacun faire une bonne sieste en journée.
Contre le mal de mer, le Stugeron nous avait été conseillé par notre ami Nico de Hina et d’autres équipages et son efficacité fut remarquable! Plus besoin après quelques jours, sauf par prévention en cas de gros changement de conditions.

Quelques jours consécutifs de pluie et bruine au début nous ont fait penser à une météo belge: les Belges qui pensaient à nous nous auraient-ils envoyé une météo typique du plat pays?!

Un ras-le-bol notable à la fin que tout valdingue et virevolte à l’intérieur par vent arrière et houle croisée; impossible de poser une assiette dans la cuisine!

Notre petit baffle pour l’extérieur a rendu l’âme rapidement, dommage car la musique aide bien à passer le temps.

Pêche miraculeuse

p1050083Très efficaces les trois premières semaines, notre ligne de traîne et la canne à pêche, judicieusement équipées par Kevin, nous ont offerts une dizaine de coryphènes, un thon et une dorade. Plus deux poissons volants récupérés sur le pont! De plus grosses prises potentielles sont malheureusement parties avec nos appâts et nous n’avons plus pu pêcher en fin de traversée.


Conditions météo et imprévus

Trois jours après le départ, impossible d’envoyer notre demande de météo ni de relever nos emails. Après d’infructueuses recherches d’un souci éventuel de notre côté, il s’avère que c’est le serveur mail qui est en panne! Nous avançons donc en contactant des bateaux alentour pour grappiller quelques informations, recevons des sms de nos proches et retrouvons finalement l’accès aux mails le J14!

Nous sommes passés par toutes les allures, du bon plein au vent arrière en ciseaux, génois tangonné, qui fut l’allure principale les 10 derniers jours.

Une zone de pétole (pas de vent!) nous a permis de nous baigner dans une magnifique immensité bleue trois jours d’affilée. On en a même profité pour tous monter au mât et admirer la vue!

De gros grains, surtout les 10 derniers jours, ont affolé l’anémomètre jusqu’à 40 noeuds et copieusement arrosé le pont et l’équipage, offrant parfois la possibilité d’une bonne douche à l’eau de pluie!

Côté chaleur, on a rapidement délaissé nos cirés et grosses chaussures pour privilégier les shorts, sandales et maillot!

Péripéties en mer

img_7569N’ayant pas pu prévoir ladite zone de pétole de plusieurs jours, nous ne nous sommes pas arrêtés au Cap Vert comme certains autres bateaux pour faire plein.


Le J11 démarre par un superbe lever de soleil sur une mer sans la moindre ride, offrant aux nuages colorés leur reflet. Nos réserves en carburant s’amenuisant drastiquement, Kevin, voyant un bateau au loin, a l’idée de leur dimg_7587emander s’ils auraient du gasoil pour nous. Sans beaucoup y croire, j’appelle à la VHF, me fais comprendre en espagnol et ni une ni deux, ils se déroutent et viennent vers nous! Expérience sûrement exceptionnelle — et avec du recul, peu recommandable — pour Thera de se trouver à côté de tellement plus grand qu’elle! Et dans nos yeux reste gravée l’image de l’équipage capverdien souriant, remplissant notre bidon, nous en offrant un second et lançant même une dizaine de boîtes de sardines, pensant probablement que l’on était vraiment en détresse! Incroyable générosité de la part de El Timple, qui s’est éloigné avant qu’on ait eu le temps de leur lancer quelque chose en retour.

Casses et réparations

Quelques problèmes ont entaché la fin de la traversée. Après pile trois semaines, Kevin remarque que notre barre franche en bois se fendille en sa base. C’est la capacité de diriger le bateau qui est en danger! Il nous faut vite mettre en place un système de renfort, au moyen de cordes, d’un morceau de bois qui joue le rôle d’attelle et de la barre de secours. Et ça a tenu, heureusement!
Le lendemain, ce sont les bas-haubans qui montrent des signes de fatigue, un autre poste essentiel sur un voilier puisque leur rôle est de maintenir le mât vertical. Compensation par des drisses de part et d’autres du mât pour les soulager et les haubans, étai et pataras semblent heureusement en état, limitant le problème.
Finalement, la veille de l’arrivée, alors que l’on avait démarré le moteur pour se donner un petit coup de pouce par vent faible, ce dernier s’éteint sans crier gare. Nous nous doutons que de l’air s’est immiscé dans le tuyau d’alimentation à cause des mouvements du bateau; pas de soucis donc, il suffit d’utiliser la petite pompe manuelle pour réamorcer. C’est fait, et ça fonctionne… quelques minutes! Nous recommençons l’opération, sans succès, la pompe manuelle ne montre plus aucune résistance et est tout à fait inutile! Matt-Mc Gyver arrive à la charge et installe un siphon à l’extérieur du moteur, solution de la dernière chance qui aura tenu jusqu’à l’arrivée.
A ces trois soucis majeurs, on peut ajouter une grosse fuite dans la pompe à eau de mer de l’évier, les rivets de la fixation du hale-bas rigide sur le mât qui se sont arrachés, la capote qui s’est décousue…

Nuits et organisation des quarts

p1050121Le système discuté avant le départ a évolué vers la moitié de la traversée. Initialement, après notre repas du soir, Kevin entamait le premier son quart, ou veille, de 21h à 0h30. Matthieu lui emboîtait le pas en assurant le sien jusque 3h30 et je prenais finalement la relève jusque 7h. C’est devenu ensuite: Matt 20h-00h; Cam 00h-5h; Kev 5h-9h, entre autres parce que j’avais du mal à dormir la nuit, donc autant veiller!
La cabine arrière ne permettant pas de se caler sur un côté s’est vite avérée assez inconfortable en navigation, nous avons donc utilisé à trois les deux banquettes du carré (qui a vite pris des allures de squat bordélique!).


Trucs et astuces

  • Utilisation de gourdes pour éviter la vaisselle des verres (et leur goût salé) et surveiller chacun sa consommation d’eau.
  • Deux siphons nous ont été très utiles, l’un pour le gasoil, l’autre pour transvaser l’eau des gros bidons auxdites gourdes sans en renverser partout.
  • Achat avant de partir d’un outil simple mais très malin, le Speedy Sticher, conseillé par un compatriote à Santa Cruz et idéal pour recoudre facilement de grosses épaisseurs de tissu.
  • p1050156Compacter les déchets dans les bidons d’eau vide; en près de 4 semaines à trois, nous terminions avec 2 bidons de PMC (canettes, conserves…) et un peu plus d’un bidon de déchets non triés, soit un volume de moins de 30L tout compris. Tous les déchets organiques sont passés par dessus bord, excepté les peaux de bananes et de citrons qui se décomposent mal dans l’eau.

img_7554« Ce que je retiendrai de notre transatlantique? Un cocktail d’états, de sentiments et d’émotions concentrés en quelques semaines!

L’excitation du départ, l’attente de passer la ligne avec les autres participants autour de nous.

La joie, quand des groupes de dauphins décident de nous accompagner quelques temps comme c’est arrivé quatre fois. Ou celle ressentie en plongeant dans la grande bleue, par 4500m de profondeur.

Le plaisir de recevoir des sms de nos proches (même si parfois tronqués ou en retard), de se sentir soutenus et suivis au quotidien.
La grosse fatigue, après trois nuits consécutives d’insomnie à essayer de dormir dans la cabine arrière, pour finalement, la 4ème, dormir sereinement à l’extérieur dans le cockpit.
L’audace d’avoir contacté le bateau de pêche et la douce folie d’être restés si proches d’eux.

L’ennui parfois — entre deux livres, par exemple — rejoint par la paresse induite par le roulis des vagues.

La gourmandise, satisfaite par des gâteaux à la banane ou au chocolat, des pancakes au lait de coco, ou de bons repas, surtout les deux premières semaines lorsque l’on avait encore des légumes frais en suffisance.

La frustration et la déception d’avoir préparé Thera du mieux que l’on pouvait, et d’essuyer malgré cela une salve de problèmes difficiles à anticiper.

La rêverie, seule la nuit sous un ciel étoilé ou éclairé par la lune, parfois rejointe par une pointe d’inquiétude à l’approche d’un gros grain.

Le sentiment de privilège de vivre un tel isolement quelques semaines, accompagné de celui de se sentir tout petits face à l’immensité de l’océan.

Le simple bonheur, bien sûr, d’avoir partagé cette folle expérience, peut-être unique dans une vie, avec l’homme de mon coeur et un bon ami comme Matt.
On y est dans les Antilles, et on compte bien en profiter les mois à venir! »

Cam

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4 thoughts on “Hors-série : Notre traversée de l’Atlantique!

  1. Génial. Merci pour ce post qui me replongrme les plus folles traversées des aventuriers de mon enfance, de Christophe Colomb à Magellan. Profitez d un repos bine mérité 😉

  2. Magnifique rapport de cette traversée réussie. Vous faites dès lors parties des marins transocéaniques… si, si, c’est un exploit! Une première expérience avant le Vendée Globe. Bien entendu, les problèmes techniques furent au rendez-vous, mais vous avez bien géré tout ça…

  3. Y a pas à dire vous m’épatez ! Votre récit nous fait vivre cette superbe traversée avec ces aléas bien évidemment mais aussi avec cette magie que les grands espaces peuvent produire. Une bien belle aventure humaine également. Bravo à vous trois et gros bisous.

  4. Super et felicitations. J etais en meme temps sur l atlantique un peu plus au nord. Nos sommes arrives le 13 a Saint Martin. Transat sans verita le Alizes, une epreuve pour les equiages, mais je lis que vous avee super bie’ réalisé cette avenutre. Bon vent . Eric

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